La personne du Fuo

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A Bamougong comme dans les autres groupements Bamileké, toutes les structures de l’organisation et de la gestion sociale, économique et politique du royaume s’organisent autour de la figure du Fuo. Le roi est le principal responsable administratif, religieux, judiciaire et politique du royaume. Il partage ses pouvoirs avec les sociétés coutumières qui sont des espaces de conseil et de régulation.

Le fuo est un personnage sacré, quasi divin ; il est nommément l’animal qu’on ne chasse pas (nɔ̀ɔntemàʼ). Détenteur d’un pouvoir mystico-religieux qui l’aiderait à assumer ses responsabilités. Il est le premier garant de la pérennité et du bon fonctionnement des traditions.

Le fuo est le maître de la terre, des hommes et du trésor communautaire; en d’autres termes, le territoire, les hommes et les biens du village appartiennent au fuo. Le chef a même le pouvoir de féconder la terre et de la rendre fertile à travers le rite de purification (ḿbyɛ́ɛ láʼ).

Le fuo détient toujours un important trésor ; essentiel pour son prestige. Il est le seul à posséder un palais à quatre portes. Des pipes et des tabourets à figuration anthropomorphes et zoomorphes. Il peut concéder ces privilèges aux notables de haut rang.

Autrefois, principal maître de la guerre et de la justice, le pouvoir judiciaire du fuo est de nos jours limité aux affaires traditionnelles comme les litiges matrimoniaux, ceux liés à l’héritage, à la culture, etc. Le fuo est aujourd’hui un échelon important dans l’administration centrale et est chargé du maintien de l’ordre public, du développement économique, social et culturel de son territoire.

Le fuo représente les vivants dans le monde des ancêtres et réciproquement, d’où l’ambigüité de son personnage. [1]Parce que les intérêts de la communauté sont majeurs comparativement a ceux du lignage royale, il est prévu dans l’architecture   des chefferies un site particulier dénommé lefomo (bois sacré, sanctuaire royal, panthéon) où sont gardés les reliques des défunts. Il est administré par les grands prêtres sous le contrôle du chef.

Le fuo est le Soleil de la communauté[2]. Avant son accession au trône, il passe par une phase nobiliaire sous le titre de Mekem: le noble Prince. Les Grands notables jouent le rôle de la lune tandis que les élites sont les étoiles de la communauté.

Dire que le chef est mort c’est déclarer la mort de l’individu, de l’âme, de ses institutions, de toute la communauté qu’il incarne, etc. C’est une profanation ! La personne du roi ne meurt pas, mais l’individu peut mourir. C’est pour tout ceci qu’on lui adresse au pluriel. Il est également une personne singulière, simple puisque ouvert aux membres de la communauté. Il est à la fois père et enfant de toute la communauté, múɔ (enfant) et mbélòŋ (dauphin) zaamoo, tâla’, za…

L’image du fuo est proche de celle de Dieu et il ne saurait être un mortel. Son autorité et sa personnalité dites divine s’acquièrent lors de son initiation au Lá’akem. Sa dimension spirituelle commence après son passage au panthéon.

Puisque le roi ne meurt pas, la tradition interdit d’annoncer sa mort. Lorsqu’une rumeur coutumière vient trahir la disparition d’un chef, le paria (bouc émissaire) coupable d’avoir commis l’imprudence est tabassé et renvoyé du village. Dans les us, on le conduit et on l’installe à la frontière. La disparition du chef ne se publie qu’après cette disposition.

Chez les Ngiemboon, les notables de la confrérie des Sept sont chargés d’annoncer la nouvelle de changement de visage à la chefferie. Ils gardent les secrets du chef parce qu’ils sont les hommes de paix dans le village.

Pour « l’enterrement » du chef, les Sept convoient sa dépouille dans le panthéon / lefòmó et le confient à la diligence de la confrérie qui s’occupent des rituels appropriés. Ces rites sont des activités sécrètes des sociétés coutumières assermentés. Leur accomplissement précède toute communication publique. La déclaration traditionnelle publique du deuil se fait un jour approprié. Quelques jours après la déclaration, son successeur est arrêté. C’est celui en qui le chef s’est incarné; car il dormait.

Et le mekem arrêté ne peut pas assumer le pouvoir, il passe une première nuit dans le lefòmó pour les tests d’initiation préalables à l’acquisition de la dimension sacramentelle de son personnage et spirituelle de la personne et du peuple qu’il est appelé à incarner. Il y est accompagné par les Nzẅè kěm parmi lesquelles une femme de son père, chacune ayant un rôle à jouer. Après cette nuit, il est conduit au lieu d’initiation ou lá’akem.

Le la’akem apparait comme un haut lieu de retraite initiatique et formatrice où, pendant soixante douze jours, soit neuf semaines de huit jours.( neuf huitaines ou huit neuvaines ) le futur chef supérieur subit une rude formation d’investiture et d’initiation aux mystères du royaume et aux arcanes du pouvoir. C’est aussi un lieu de métamorphose, car au sortir du la’akem, le nouveau roi est nettoyé de toute sa vie passé et transformé en homme nouveau, prêt à affronter les nouveaux défis qu’imposent la gouvernance du royaume.

FOKOU EVARISTE

Doctorant en Linguistique

Licence en Lettres trilingues Français-Anglais-Espagnol

Licence en Anthropologie

Enseignant de Langues et cultures nationales

[1] ( DJACHE NZEFA Sylvain, Les civilisations du Cameroun, )

[2] TATSITSA Théophile, FOKOU Evariste, cosmogonies et religions endogènes : origine du monde chez les Ngiemboon, PMC, Dec 2015

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